
Projet intime · Série d’auteur · Coulisses de création
9 % Singulier
Une série construite comme un autoportrait, pour explorer ce que signifie se construire en tant qu’homme gay dans un monde qui ne nous a pas toujours prévu.
Il y a des projets qui naissent d’une idée claire. Et d’autres qui viennent d’un besoin plus difficile à formuler.
9 % Singulier ne part pas d’un concept photographique. Il part d’une expérience : celle de se construire en tant qu’homme gay dans une société où les identités LGBT+ restent minoritaires.
Ce chiffre n’est pas là pour produire un effet ou pour résumer une réalité complexe. Il agit plutôt comme un point de départ. Une manière de poser une tension simple : grandir, se chercher, apprendre à exister pleinement dans un espace qui n’a pas toujours été pensé pour soi.
Une série comme un autoportrait
Cette série est construite comme un autoportrait. Pas au sens classique du terme. Je n’y cherche pas une image de moi, ni une représentation figée de mon identité.
J’essaie plutôt d’explorer ce que cette position produit : dans le regard, dans le rapport au corps, dans la manière de se montrer, de se protéger, de se taire ou de se rendre visible.
Il ne s’agit pas de parler au nom d’une communauté, ni de prétendre résumer une expérience collective. Il s’agit de raconter une trajectoire parmi d’autres, faite de nuances, de contradictions, de fierté, d’apprentissages et d’ajustements permanents.
Utiliser la couleur comme un fil narratif

Elle permet d’introduire du symbole sans enfermer le projet dans un discours fermé. Elle ouvre des correspondances, des échos, des tensions, sans imposer une seule lecture.
Ce que le regard des autres produit en nous
Une grande partie de la série tourne autour de cette question : qu’est-ce que le regard des autres fait à une identité ?
Comment il façonne la manière de se percevoir. Comment il contraint certains gestes, certaines postures, certaines manières d’habiter son propre corps. Comment il pousse parfois à se protéger, à se cacher, à produire une version de soi plus acceptable.
Mais la série ne s’arrête pas à ce constat. Elle interroge aussi la manière dont on construit, avec le temps, un espace intérieur plus stable. Un endroit où l’on peut exister sans être en permanence ajusté au regard extérieur.

Marcher hors des cases
Une écriture photographique hybride
Photographiquement, 9 % Singulier ne repose pas sur une seule forme. La série mêle portrait, abstraction, symboles, mises en scène lumineuses et fragments d’intimité.
Ce mélange n’est pas décoratif. Il correspond à la réalité de ce que j’essaie de raconter : une identité qui ne tient ni dans une seule image, ni dans un seul registre visuel.
Chaque photographie est pensée comme un geste sensible. Une tentative pour rendre visible ce qui se vit souvent en silence : les doutes, les tensions, les blessures discrètes, mais aussi la force, la résilience et l’humour qui accompagnent toute construction identitaire.
Montrer sans exposer
Ce point est essentiel dans ma manière d’aborder la série. 9 % Singulier traverse des zones sensibles, mais il ne cherche pas à les exposer frontalement.
Il ne s’agit pas de produire des images-chocs, ni de rendre visible à tout prix. Ce qui m’importe est plutôt de trouver une forme juste. Une manière de montrer sans réduire, de suggérer sans masquer, de donner une place à des états intérieurs sans les transformer en spectacle.
La photographie permet ici de tenir cette tension : approcher quelque chose d’intime, tout en laissant à la personne, et à l’image, leur part de retenue.
Entre fragilité et force
Ce qui traverse cette série, ce n’est pas uniquement la difficulté. C’est aussi ce qui se construit au fil du temps : la capacité à tenir, à s’adapter, à développer des formes de recul, d’humour et de solidité.
L’identité n’est pas seulement un point de tension. C’est aussi un espace de ressources, de réinvention, de résistance.
J’essaie de tenir ensemble ces dimensions sans simplifier le récit. Ne pas faire de la fragilité une faiblesse. Ne pas faire de la force une image héroïque. Laisser coexister les nuances.
Une série située
9 % Singulier n’est pas un projet hors-sol. Il s’inscrit dans un territoire, dans des lieux, dans une histoire personnelle qui dialogue avec des contextes sociaux plus larges.
L’idée n’est pas de produire un discours universel, mais de montrer comment une trajectoire intime s’ancre quelque part. Comment elle se construit au milieu des autres, avec ce qu’un environnement permet, empêche, accueille ou rejette.
C’est aussi pour cela que cette série a, pour moi, une dimension de partage. Parce qu’elle relie une histoire personnelle à des enjeux plus larges de reconnaissance, de visibilité et de cohabitation.
Ouvrir un espace de regard
Cette série ne cherche pas à convaincre, ni à parler pour tout le monde. Elle propose un espace de visibilité et de réflexion.
Un espace où l’on peut regarder autrement des identités souvent simplifiées. Un espace où la parole peut circuler. Un espace où la singularité n’est pas ramenée à une étiquette, mais reconnue dans ce qu’elle apporte au collectif.
Si ces images ouvrent quelque chose, ce n’est pas parce qu’elles expliquent tout. C’est parce qu’elles laissent une place. Une place pour la discussion, pour la reconnaissance mutuelle, et pour une manière plus attentive de regarder ce qui ne correspond pas toujours aux normes dominantes.




